Pour vraiment profiter du rut. Par Louis Gagnon

 

 

je lis beaucoup sur le chevreuil dans les magazines de chasse. Quand je lis au  sujet du rut et de sa magie pour les chasseurs de chevreuils; ça me pousse à croire que les auteurs ne chassent pas les mêmes territoires que nous.

 

 

Description de la photo

Je vais donc profiter de ma tribune pour vous expliquer quelques facettes de ce fameux rut.  Une approche différente basée sur mes connaissances de 30 ans de terrain un peu partout au Canada et appuyée par l’utilisation de multiples caméras de surveillance sur plus d’une dizaine de terres différentes dans 4 provinces. Le tout  corroboré par une synthèse des dernières recherches scientifiques sur le sujet.

Au cours des dernières décennies, l’explosion des populations de chevreuils en milieu agricole et la montée en popularité des champs nourriciers en forêt à sembler créer des trous de mémoire chez les chasseurs.  Les nemrods semblent croire de plus en plus que le chevreuil est une bête agro-forestière. Certes, le chevreuil tire avantage de l’abondante nourriture produite par les  agriculteurs mais n’en demeure pas moins un animal forestier à 100%.  Sa diète change assurément à proximité de l’agriculture de qualité mais son système de défense ( se cacher) et ses moyens de communication ( dépôt d’hormones et appels) sont restés les mêmes.

L'arrivée en masse et à plus faible coût des caméras de surveillance a modifié plusieurs approches et mythes de chasse aux chevreuils. On sait aujourd'hui que les grattages sont souvent  le résultat de plusieurs bucks selon le rapport des sexes de la population de chevreuils. On sait aussi que près de 80% des visites sont nocturnes. 

En effet, les chevreuils se parlent un peu à l'aide de sons mais comme ils vivent sous couvert forestier dense; ces sons ne portent pas loin et ils sont aussi très facilement localisable par les prédateurs. Ils ont donc favorisé un système de communication basé beaucoup plus sur des odeurs laissées un peu partout stratégiquement localisées sur le territoire. 

Ce système est un peu comme un facebook ‘’chevreuil’’ sous forme d’odeurs hormonales. Un peu comme nous sur notre fils d’actualité, les chevreuils mâles et femelles y repassent durant leurs activités quotidiennes et en profitent pour vérifier les réponses.  Ils remettent eux aussi des réponses ou rafraichissent le message selon le temps de l’année et le niveau d’intérêt de chaque individu à participer à la communication. Comme les humains ou presque, certains chevreuils sont plus bavards, déposent plus d’odeurs et veulent plus s’accoupler tandis que d’autres sont curieusement beaucoup moins communicateurs. Les vieux mâles sont parmi les moins parleurs comme certains vieux mâles humains; ça vous rappelle quelqu’un? Vous comprendrez que plus la densité de chevreuils est élevée et le sexe ratio bien balancé, plus l’intérêt de communiquer sera maintenu particulièrement durant le rut et l’intensité des échanges ( sur les branches, sur les grattages et les frottages) sera importante.

photo 1.JPGAutres cervidés

Certaines espèces de cervidés comme le wapiti utilisent des dépôts d’hormones pour rassembler les femelles dans un secteur précis pour ainsi contrôler leur harem. L’orignal; une espèce plus hybride semble préconiser une stratégie du milieu. Dans de faible à moyenne densité en milieu ouvert comme l’Alaska, l’orignal met en place une stratégie plus proche du wapiti et tend à rassembler ses femelles souvent à proximité d’un gros site alimentaire déjà fortement utilisé par quelques femelles et veaux. En milieux plus fermés et à densité plus forte, il devient plus proche de la même stratégie que notre chevreuil. À ce moment là, il cherche ses conquêtes, femelle par femelle et les dépôts d’odeur dans des souilles semblent beaucoup plus importants quoique le ''call'' demeure toujours très important.

Des guides comme jason Morneau Tremblay ont compris l'importance de trouver des souilles fraîches dans la recherche de mâles matures durant la chasse à l'orignal. Ce n'est qu'après cette découverte qu'ils optent pour des séances d'appels intensives en ratissant le territoire dans l'espoir d'une réponse. 

 

Les chevreuils n’ont pas de harem; ils vivent dans des milieux trop densément fermés pour pouvoir espérer contrôler les mouvements de plusieurs femelles et repérer rapidement l’arrivée de mâles intrus. Un buck chevreuil mature cherche une femelle qui approche ses chaleurs et tend à rester auprès d’elle jusqu’au moment où elle tombe en chaleur. Du moment où il est avec une femelle très près d’être en chaleur ou en chaleur; il ne répond pratiquement plus aux ‘’calls’’, il ne s’intéresse plus aux odeurs hormonales du milieu ; il reste collé à cette dernière et la suit dans tous ses déplacements. Il défendra  sa conquête jusqu’à la fin de sa période de chaleur.

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il est toujours tentant de chasser les premiers signes évident de la présence d'un buck mature. Rappelez vous quand chassant à proximité d'une grosse source alimentaire, vous diminuez vos chances de voir des mâles matures de jour. Se rapprocher des zones de couchage augmentent les observations de vieux mâles. 

Quand est-il de notre chevreuil?

Dû à l'importance de ces comportements de marquage, il devient important pour les chasseurs de comprendre la signification des grattages, des frottages et des multitudes  branches mâchouillées ça et là sur le territoire pour en tirer avantage et surtout ne pas perdre un temps précieux à chasser des secteurs déjà refroidis. Ces places particulières où plusieurs bucks peuvent communiquer sont faciles à repérer et se trouvent presque toujours derrière des sites importants de nourriture ou encore derrière des zones de cachettes à femelles. Plus précisément, par exemple en forêt derrière un coin intérieur d’un champ de maïs ou de luzerne en début novembre, vous devriez trouver  quelques signes de communication d’intérêt. Des frottages, des grattages et ou des branches pendantes par ci par là qui semblent mâchouillées sans grattage; cette abondance de signes sera directement reliée à la densité de chevreuils du secteur et à un rapport des sexes pas trop débalancé en faveur des femelles. À ce stade, vous comprendrez que si vous ne trouvez aucun ou peu de signes, la réponse est simple; peu ou pas de mâles utilisent ce secteur; vous chassez un secteur d'au moins 4 à 5 femelles adultes par mâle adulte..

Ces secteurs ne sont pas toujours collés à la zone alimentaire (champs ou bûchers) car de temps à autre; les signes de buck se retrouvent en zone de forêt assez dense pour fournir un peu d’intimité, des nombreux jeunes arbres à frotter et des branches pendantes pour y laisser des odeurs . Dans ces cas-là, vous êtes possiblement en bordure d’une zone de couchage et peut-être  aussi une zone d’alimentation en pré-rut avancé pour quelques bucks. Ça pourrait être un bon secteur de chasse en début de saison mais à oublier en mi-saison à la carabine car les acteurs seront partis à la recherche de femelles en chaleur.

Les mâles ont tendance   à quitter leur zone de couchage tard pour progresser lentement vers un lieu de dépôt d’odeur (grattages) pour y arriver à la noirceur ou très proche de la noirceur particulièrement derrière de grosses zones alimentaires claires comme un champ ou un jeune bûcher.  Comme ils ont plusieurs possibilités de lieu de rencontre de la sorte; possiblement un par gros site alimentaire qui attire des femelles, il devient difficile de savoir quel secteur sera privilégié le soir de votre sortie de chasse. En plus, nous avons très peu de mâles matures sur le terrain, il est donc possible que les concentrations de frottages derrière plusieurs gros sites alimentaires de la sorte sur de grandes surfaces ( 300 acres et plus) soient faites par les mêmes bucks. À ce stade, ça devient un coup de dés; un choix que vous devez prendre en fonction du vent et de vos accès à votre site d’affût.

Lorsqu’un buck arrive dans un secteur similaire, il sent les signes et dépôts d’odeur du secteur et automatiquement le fait de toucher le frottage ou la branche surplombant le grattage ça rafraichit le message peut importe si il est mature ou  subordonné dans la hiérarchie.  Les jeunes mâles aussi rafraichissent lorsqu’ils sont confiants d’une certaine dominance ( la majorité de nos jeunes mâles agissent comme des dominants puisqu’on a très peu de mâles matures).

 

Plusieurs  femelles viennent aussi visiter ces sites, plus assidument à l’approche de l’oestrus . De ce fait, elles déposent elles aussi des hormones sur les mêmes branches surplombant des grattages de bucks.  Deux raisons qui semblent motiver certaines femelles à y déposer des odeurs et prendre des odeurs.  1- La prise d’odeur via les hormones déposées sur les frottages, sur les branches surplombant les grattages ont tendance à accélérer l’arrivée de la période de chaleur des femelles du secteur ( C’est ce que les recherches suggèrent; un synchronisme des chaleurs de la plupart des femelles faisant partie du même clan familial). 2- Dans les populations à fort débalancement du rapport des sexes en faveur des femelles, ces dernières à quelques heures d’être en chaleur collent plus intensément les zones marquées par les bucks en espérant plus facilement une rencontre avec un buck  plus mature.

Vous pouvez vous questionner pourquoi et comment Louis Gagnon sait tout cela. Ça fait plus de 15 ans que je dépose des caméras de surveillance dans de tel secteur sur des modes photos et plus de 5 ans sur des modes vidéos. J’ai accumulé une collection de plusieurs centaines de clip-vidéos dans de telles situations qui me permet de conclure en ce sens. De plus, la science va exactement dans le même sens.

Les bucks tendent à se coucher derrière ou autour de ces lieux de rencontre momentanément ou juste quelques heures avant le déclenchement des chaleurs du clan de femelles du secteur.  Ça dure le temps que les femelles du secteur tombent en chaleur et soient accouplées. Quand une femelle tombe en chaleur, un ou des bucks du milieu; tout âge confondu, partiront derrière elle en mode de séduction intense pour paraphraser un langage humain.  Quand aucune femelle ne semble  être proche d’arriver au stade de l’oestrus, aucun mâle ne va coller dans le secteur de frottage à perdre son temps à frotter ou gratter.  Selon mon expérience, c’est possiblement la place où le plus de chasseurs vont perdent le plus d’heure de chasse. Souvent à la découverte des sigmes, il est déjà  trop tard particulièrement pour  les chasseurs qui chassent uniquement les fins de semaine. L’activité est finie depuis quelques jours et les bucks sont relocalisés ailleurs en fonction d’un autre clan de femelles.

J’imagine déjà certains chasseurs obnubilés par les slogans de l’industrie et leurs différents élixirs magiques. Oubliez l’histoire de la provocation entre buck avec des supposées urines de dominant, c’est plus une histoire d’industrie des odeurs que n’importe quoi.  

En pré-rut, les mâles choisissent plus une stratégie basée sur le plus de site de marquage possible. Ils les revisitent au hasard selon des variables peu contrôlables par les chasseurs comme; la densité forestière, la densité de femelles dans le secteur, la qualité de la nourriture, la présence ou non de prédateurs et la pression de chasse etc. Les mâles chevreuils ne défendent pas de territoire, ils le partagent. Le chevreuil étant une proie primaire dans la chaîne alimentaire, il doit sa survie à une collaboration entre eux pour détecter le danger. Plusieurs nez et oreilles fonctionnent mieux qu’un seul. D’où l’importance de vivre en communauté et se tolérer. ( Nous reviendrons plus à fond sur ce sujet ultérieurement dans onchasse.com quand nous aborderons le sujet des odeurs sexuelles et les urines )

Parlons chasse maintenant.  

Pour découvrir ce genre de secteur et récolter, je vous suggère de suivre une méthode qui marche bien pour moi et que j’applique presque partout où je passe pour une première fois. Je dresse une carte simple des données suivantes sur le territoire prospecté;

1- je cherche les concentrations de nourriture importante comme les cultures, les jeunes buchers, les chablis et les abords des étangs à castor

2- Les sources secondaires si il y a lieu 

3- Les couverts forestiers très denses avec moins de 25 mètres de visibilité

4- je cartographie aussi les sentiers ou chemins d’accès ou encore les secteurs d’accès si il n'y a pas  de sentier proprement dit et finalement la pression de chasse environnante.

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C'est sûr qu'un tel frottage peut faire rêver  à d'énormes sujets. Par contre, c'est plus le nombre de mâles matures qui peut devenir impressionnant. 

Prenons l'exemple d'un chasseur qui découvre un secteur de communication très près d’une grosse source alimentaire ouverte comme un champ de maïs. Il décide d’y passer du temps; les chances sont beaucoup plus élevées qu’il perdra son temps en plus de brûler inutilement le secteur. Simplement parce qu’il est difficile de dater précisément des frottages et des grattages. C’est là qu’une caméra de surveillance sur mode d’envoie cellulaire pour avoir des données fraîches à chaque jour aidera notre chasseur. 

Le vrai secret de ces accumulations d’indices se situe bien plus au niveau de votre prospection et votre capacité à bien comprendre les signes sur le terrain. Sommairement, je préfère installer mon chasseur bien en retrait de la zone communautaire de communication très près d’une zone forestière très dense qui pourrait servir de zone de couchage. Lors de ma prospection printanière ou estivale, je marcherais la bordure des quelques zones de couchage potentielle. Celles proche de lieu de marquage de l’année précédente et j'essaierais de découvrir un ou quelques vieux frottages isolés de l’année derrière. Si l’habitat n’a pas changé, les recherches ont démontré que les bucks semblent réutiliser les mêmes zones de couchage et les mêmes secteurs d’entrée et de sortie d’un année à l’autre. De plus, même si le buck auteur des signes majeurs trouvés à la sortie d’une telle zone dense fut récolté; les chances sont bonnes qu’il soit remplacé par un autre buck. Un bon habitat à buck restera longtemps un bon habitat à buck.

Ces deux mâles furent récoltés sur les mêmes signes de chevreuils ( grattages et le gros frottage de la photo en haut) fraîchement apparus derrière une petite coupe forestière à moins de 100 mètres d'une ''swamp''  semi-humide qui servait de refuge à ces derniers. Trois jours de chasse sur un intervalle de 9 jours. Les bons vents (est) pour chasser efficacement ce secteur sont rares. 

En conclusion, quand vous avez la chance d’avoir sur votre terrain un lieu de frottages communautaires, le secret est de le laisser exempt d’odeur humaine et chasser les sentiers ayant quelques indices de rut (frottages individuels ou même grattages) près d’une zone dense à bon vent avec un approche possible sans alerter votre chevreuil. Une centaine de mètres avant la zone dense sera parfaite. Une petite cachette naturelle par terre derrière un arbre renversé ou une souche est tout ce que vous avez besoin en autant que le vent est en votre faveur.